Biographie

Déconstruire les images pour mieux les recomposer

Architecte de formation, j’ai toujours pensé l’espace comme une matière à construire, à fragmenter et à recomposer. Cette approche nourrit aujourd’hui ma pratique artistique, dans laquelle je transpose une pensée de l’espace à la fois rigoureuse, intuitive et sensible.

Je travaille principalement à partir du collage, en superposant, déchirant, déplaçant et retirant de fines bandes de papier. Chaque fragment devient une unité de construction, un élément qui participe à un ensemble plus vaste. J’aime penser cette manière de travailler comme un « pinceau de papier » : plutôt que de tracer directement une forme, je la fais émerger par accumulation, par rythme, par contraste et par soustraction.

Glanés au fil de mes voyages et de mon quotidien — journaux aux alphabets multiples, cartes routières, magazines anciens et contemporains, fragments publicitaires ou papiers recyclés — les matériaux portent déjà en eux une mémoire. Je les déchire avec précision en fines bandes, que j’ assemble ensuite patiemment pour bâtir ces compositions. Le geste est répétitif, presque méditatif, et m’évoque à la fois l’écriture et l’architecture : il structure la surface, érige des lignes verticales ou module des aplats, dessine des masses et des respirations.

Je réalise mes œuvres sur différents supports — toile, bois, verre ou métal — en cherchant à faire dialoguer la matière, la lumière et l’espace. Je souhaite que le regard puisse à la fois se poser sur l’œuvre et la parcourir, comme on explore un lieu. À travers la fragmentation d’images et de matières issues notamment du monde imprimé, je cherche à questionner notre manière de regarder, de reconnaître et de reconstruire ce que nous voyons.

En déconstruisant les images pour mieux les recomposer, je fais émerger un nouvel ordre sensible, où mémoire, matière et espace se rencontrent. Mes œuvres sont ainsi autant des constructions que des paysages mentaux, des espaces ouverts dans lesquels chacun peut projeter son propre regard et ses propres souvenirs.La lumière occupe une place essentielle dans mon travail. Les multiples couches de papier créent une peau vivante, dont la perception évolue selon la lumière, l’angle de vue et la distance. Les surfaces se révèlent alors progressivement, laissant apparaître des profondeurs, des vibrations et des nuances parfois imperceptibles au premier regard.

Parcours artistique

Architecte diplômée d’Etat, Ecole de Grenoble

Ma formation d’architecte a profondément façonné ma manière de regarder le monde. J’y ai appris à penser l’espace, à le définir mais aussi à le vivre et à le ressentir. La lumière, les matières, les proportions et les circulations sont devenues pour moi autant de composantes sensibles d’un lieu. Cette approche de l’espace, à la fois construite et intuitive, accompagne aujourd’hui naturellement ma pratique artistique.

Laboratoire de recherche, Philosophie de architecture

Mes recherches au sein du laboratoire de philosophie de l’Architecture de Grenoble ont prolongé cette réflexion en m’amenant à interroger l’espace au-delà de sa seule dimension construite. J’y ai exploré les liens entre espace, perception, mémoire et expérience, en cherchant à comprendre comment un lieu peut être ressenti, habité et interprété. L’espace devient autant une expérience physique qu’un espace intérieur.

Elève du sculpteur Christophe Charbonnel

Être élève de Christophe Charbonnel a profondément marqué ma manière de penser et de construire mes œuvres : les volumes, les matières, la lumière et les espaces entre les formes. Le souvenir est une présence fragile qui s’accroche à la matière et à la lumière. Il y a ce que l’on imagine, ce que l’on projette sur l’oeuvre, et la manière dont chacun peut se l’approprier, à la frontière entre ce qui est réel, ce qui est perçu et ce que l’on imagine.